jeudi 1 octobre 2015

Compte rendu de Puja (cérémonie) au Centre Bouddhiste Triratna de Paris (première partie)



Sangharakshita, le créateur de l'Ordre Bouddhiste Triratna, qui a adapté en Occident le rituel de la puja en sept parties, rencontrant le Dalaï Lama



Compte rendu de la Puja qui a eu lieu le mercredi 30 septembre 2015 au Centre Bouddhiste Triratna de Paris (première partie)



Il pourra paraître étrange aux lectrices et lecteurs de ce blog que je m’intéresse autant à deux religions différentes : le bouddhisme et l’hindouisme. J’ai déjà abordé cette thématique à trois reprises, si vous désirez vous reporter à mes articles précédents (voir par exemple ce texte). En fait, je suis partisan d’un certain  relativisme inter-religieux (comme mère Theresa, comme le Dalaï Lama, comme Ramakrishna) et je pense que l’on peut trouver son salut, son éveil, un Absolu, de manière presque semblable dans différentes religions. Malati, ma professeure de Yoga, dit toujours que chacun fait son Yoga, à sa manière, selon ses possibilités du moment. Je pense, quant à moi, que chacun se crée sa religion personnelle, qui est un condensé de différentes pratiques, de croyances diverses, venant d'origines parfois apparemment hétérogènes. J’ai eu un collègue, Jean-Claude Cardot, un ancien professeur de philosophie, fin connaisseur des textes sacrés, qui était à la fois bouddhiste et chrétien et qui a fait un blog sur ce sujet. Il faut savoir aussi historiquement que les Romains adoptaient souvent les Dieux des pays qu’ils envahissaient et les incluaient dans leurs pratiques religieuses (par exemple cela a été le cas pour les les divinités grecques, puis pour Isis, Osiris, Serapis, Mithra, etc.). Au Japon, certains penseurs ont complètement mélangé dans un grand syncrétisme la religion locale animiste, le shintoïsme, et le bouddhisme.

J’ai parlé de ma conception à un érudit qui m’a dit qu’entre le bouddhisme et l’hindouisme, il y avait certes des concepts divergents mais que leur saddhana (pratique), qui est déterminante en Asie, était presque semblable : dans les deux religions, bouddhisme et hindouisme, le pratiquant récite des mantras, participe à des pujas (cérémonies), pratique la méditation, croit à des concepts et des théories parfois presque similaires. Comme je l’avais mis en évidence dans un précédent article, les huit étapes du Yoga de Patanjali (le Yoga est un des six darsanas, « conceptions » de l’hindouisme) ont énormément de points communs avec le noble sentier octuple du bouddhisme, les cinq préceptes du laïc, toujours du bouddhisme, et les trois poisons dénoncés par le Bouddha : avidité, colère et ignorance.

Voici ces huit observances que l'on demande à l'aspirant yogi :

    1) Yama ou les réfrènements, la première étape du Yoga de Patanjali  : ne pas nuire, n’infliger aucun mal aux êtres vivants (précepte 1 du bouddhiste laïc : ne pas tuer), ne pas s’approprier ce qui ne vous appartient pas, dire la vérité (précepte 4 du bouddhiste laïc : ne pas mentir). Cette étape correspond dans le noble sentier octuple à l’action juste et à la parole juste.

      2) Niyama ou les observances, la deuxième étape de Patanjali : effort sur soi, contentement (c’est l’inverse d’un des trois poisons : la colère), approfondissement des textes védiques (correspond au sixième principe du noble sentier octuple : l’effort juste, combat l'un des trois poisons, l’ignorance).

    3)  Asana, la posture : posture de Yoga. Correspond dans le bouddhisme à l’effort juste (un des principes du noble sentier octuple).

    4) Pranayama : la discipline du souffle. Dans le bouddhisme, la cinquième étape du noble sentier octuple est l’attention juste. Cette attention juste correspond à la pleine conscience, qui peut être pleine conscience de ma respiration, de mon souffle. C’est le premier des exercices de méditation proposés par le fondateur du mouvement bouddhiste Triratna, Sangharakshita, avec ensuite le metta-bhavana (travail sur la compassion).

5)    Pratyahara : le retrait des sens, s’abstraire du monde extérieur (n’est pas demandé dans la pratique bouddhiste).

      6) Dharana : la concentration (en bouddhisme, l’attention juste dans le noble sentier octuple).

     7) Dhyâna : la méditation (on a déjà vu qu’en bouddhisme la méditation était très employée, elle correspond à l’attention juste dans le noble sentier octuple. Le bouddha Sakyamuni a eu la révélation de sa doctrine en s’installant sous un figuier pour méditer pendant un temps qui n’a jamais été révélé).

      8) Samadhi : illumination. Le pratiquant arrivera finalement à l’illumination, où il perçoit le caractère illusoire de notre réalité, où il fait un avec le cosmos, où son Moi individuel se dissout dans le Brahman. Cela correspond au concept bouddhiste de Nirvana, d’Eveil. Bouddha signifie « éveillé ». Celui qui connaît le nirvana n’est plus dirigé par les trois poisons : avidité, colère, ignorance ; il est libéré du cycle du Karma  et des éternelles renaissances (Samsara).

Donc aujourd’hui, mercredi 30 septembre 2015, c’est une séance de puja au Centre Bouddhiste Triratna de Paris conduite par Vassika. La puja en 7 parties ou anuttara puja qui est pratiquée au centre est inspirée par un texte de l’Inde Médiévale, Le Boddhicaryavatara (Introduction à la vie menant à l’Illumination), un recueil du moine Shantideva qui détaille la totalité de la voie du bodhisattva vers l’éveil. Les sept étapes sont : 1) L’Adoration, 2) La Salutation, 3) L’Aller en refuge, 4) La Confession des fautes, 5) La Reconnaissance du mérite, 6) La Supplication, 7) La Lecture du Sutra du Cœur. Ensuite sont chantés des mantras à l’attention du Bouddha et des principaux Bodhisattvas.

Nous détaillerons ces différentes étapes dans de prochains articles. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.

mardi 29 septembre 2015

Conférence de Swami Durgananda, « La pratique de la non-dualité en hindouisme»






Conférence de Swami Durgananda au Centre Sivananda de Yoga Vedanta de Paris

 

J’essaye de rédiger ce blog sur le vif, en étant proche de mes rencontres et de mes activités. Dimanche après-midi, je suis allé à une conférence au Centre Sivananda de Yoga Vedanta. Et je l’ai trouvée passionnante ! C’est pourquoi je vous en fais part.


 Centre Sivananda de Yoga Vedanta de Paris, dimanche 27 septembre 2015


Swami Durgananda, l’intervenante, parle de la doctrine du Vedanta (fin des vedas), un des six darshanas (« points de vue » dans la religion hindoue). Elle l’aborde selon trois angles : 1) les upanishads, commentaires officiels des Vedas, les livres sacrés de l’Inde, 2) Sankara, un grand philosophe indien qui a écrit des livres inspirés sur ces commentaires, 3) Le Brahma Sutra, un recueil d’aphorismes sur les Vedas.

Pour Swami Durgananda, le yoga supérieur est le yoga dans la pratique quotidienne. Supporter les injures et les injustices dans la vie quotidienne, accepter de ne pas être respecté et ne pas tomber dans la colère, la tristesse ou la dépression, cela, oui, c’est vraiment le yoga.

Elle parle du philosophe indien Sankara qui a vécu au 8 ème siècle et qui est mort à 32 ans. Il a commenté les vedas toute sa vie durant.

Le Vedanta enseigne que le Soi (Atman) est de même nature que le Brahman, la Réalité ultime indifférenciée. La perception de cette réalité est obscurcie en l’homme par la fausse idée (vikalpa, connaissance indirecte reposant sur les mots, la parole, la conceptualisation ou l'imagination au lieu de reposer sur l’expérimentation) qu’il a de lui-même et du monde, l’empêchant de vivre la plénitude de l’Unité. Toutes les formes de notre monde ne sont que des apparences illusoires parce que seul le Brahman existe en réalité. L’univers tout entier n’est pas ce qu’il semble être, il n’a pas d’existence indépendante. Il est la manifestation d’une réalité ultime, une simple apparence et il surgit par le jeu de maya (l’illusion).

C’est sur ce dernier aspect que l’Advaita Vedanta, qui est l’une des écoles les plus représentatives du Vedanta aujourd’hui, insiste particulièrement (cf. Sankara). C’est elle qui est à l’origine du concept de la Non-Dualité tel qu’il s’est répandu à présent en Occident. Sankara a influencé des penseurs comme Sri Aurobindo, Osho, Ramana Maharshi, etc.
Sankara enseignait deux phrases : « Tout est le Soi. » et « Le Soi est dans toutes choses. »

Mais malheureusement pour moi, l’Un n’est pas mon expérience directe. Je capte le monde, je le perçois avec mes cinq sens. Je suis naturellement dans la multiplicité. Ma conception du monde est semblable à celle des hommes sur le cosmos avant les découvertes de Copernic. J’ai l’impression que le soleil tourne autour de la Terre alors que c’est la Terre qui tourne autour du soleil. Cela montre à l’évidence que je ne peux pas me fier à mes sens, à ma perception directe.

Il faut pratiquer la viveka (le discernement), la discrimination entre ce qui est réel et illusoire, c’est-à-dire entre Brahman et Maya. Je dois penser à l’anecdote de la corde que je confonds dans le noir avec un serpent. Je marche dessus et je suis terrorisé : je deviens livide, je transpire. L’image du serpent correspond à la dualité, à l’illusion de la réalité qui me fait mal. La corde est la non-dualité, l’Absolu. La sortie de l’illusion peut se faire par la voie de la connaissance (jñana) en méditant ces trois déclarations :

1)     Seul le Brahman est réel (brahma satyam)
2)      Le monde est illusoire (jagan mithya)
3)     L’être vivant (individu dans un corps limité) n’est pas différent de Brahman (jivo bramaiva naparah)

Il existe une réalité indépendante du moi, le jiva, l’âme individuelle.
Temps, espace et mental sont la même chose. Le mouvement de la pensée crée le temps. Si on arrête la pensée, on arrête le temps.
Il faut pratiquer constamment le vedanta dans la vie quotidienne. Il est plus que nécessaire d’agir selon les vedas si l’on veut échapper à l’illusion du monde. Il faut même préparer une cuisine védique, manger une alimentation védique.

La conscience sans pensée peut exister. Elle s’appelle Chit. La conscience a la possibilité d’exister sans contenu. Elle est le contenant. (cf. la notion de Sat Chit Ananda : être-conscience-bonheur)

Il y a dans notre vie ce qui s’appelle des upadhis en philosophie hindoue, des déguisements pour la vraie réalité. Les upadhis permettent de définir les choses mais malheureusement en les limitant. La conférencière dénombre quatre upadhis :

1) Je m’identifie à mon corps. J’ai une forme d’être humain. Pourtant, je suis plus qu’un être humain.
2) Je m’identifie à mon nom. Toute mon histoire vient avec mon nom, mon passé parfois douloureux est lié à mon nom (c’est pourquoi, quand vous pratiquez l’hindouisme, on vous demande de changer de nom).
3) Je m’identifie à mon esprit.
4) Je m’identifie à ce que je possède (mon argent, mes biens).

Mon identification dépend souvent de mon métier. Si je pratique un métier intellectuel, je m’identifie avec mon esprit. Si j’ai un métier sportif ou si je suis acteur, je m’identifie à mon corps.
Mais quand je deviens handicapé, vieux, que je perds la maîtrise de mon corps, je ressens de la souffrance. Quand mes biens me sont enlevés et que je me suis identifié à ce que je possédais (réussite sociale), je suis malheureux.

Il faut parvenir à pratiquer la viveka (discernement). Il y a quatre méthodes védantiques pour cela. 

  *  Il faut que j’essaye de réaliser, de prendre conscience de la présence du Soi, de l’Atman en moi. Il est nécessaire d’oublier cette croyance : "J’ai besoin d’être spécial et important pour être aimé et reconnu". Il ne faut pas jouer un rôle en essayant d’être spécial et important pour les autres.

* Je dois observer ma souffrance comme si j'en étais témoin. L'observation de la souffrance comme si j'étais un témoin extérieur, sans chercher de cause, est un véritable doliprane. Par cette méthode, je peux contribuer à baisser de 20 pour cent ma douleur.

* Swami Durgananda nous raconte l'histoire du collectionneur d'art qui perd tous ses tableaux dans un incendie et expérimente un samadhi, un éveil. Je dois disposer en pensée dans un grand feu toutes les choses matérielles auxquelles je tiens trop. Cela me procurera d'abord une impression d'espace et ensuite un véritable détachement intérieur.
 
* Je peux aussi proposer des images à mon mental, des sortes de paraboles, par exemple après celle du feu celle de l’électrocution. Je suis en réalité en train de m’électrocuter, j’ai les doigts dans une prise de courant. C’est indiscutable, mais je ne m’en rends pas compte, comme dans La Lettre volée d’Edgar Poe où l’objet dérobé a été caché à un endroit évident, à la vue de tout le monde mais où personne n’a idée de le chercher. Il faut que je prenne conscience de cette vérité que la réalité que je vis, que je perçois, est une illusion, que je ne connais pas mon Atman, mon Soi véritable, que je suis déconnecté de ma Source première qui est le Brahman, l’Absolu. Et quand je prendrai conscience de cela, je ressentirai un intense sentiment de libération.

Voilà. La conférence est finie. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

jeudi 17 septembre 2015

Hommage à Wayne Dyer, un des maîtres contemporains du développement personnel



Wayne Dyer, une des grandes figures mondiales du développement personnel vient de nous quitter.



Je vais interrompre quelque temps mes articles sur la réincarnation parce qu’une nouvelle attristante m’est parvenue : Wayne Dyer, le docteur en psychologie, le mentor en développement personnel de sans doute plusieurs millions d’individus, n’est plus de ce monde depuis le 29 août. Comme le diraient son maître hindouiste, Swami Muktannada, et son ami Ram Dass (Richard Alpert) qui partageait aussi cette religion, son atman (âme) a quitté son corps physiologique pour une nouvelle réincarnation. 

C’est ma femme Wanda qui, il y a quelques années, m’avait conseillé de lire Vos zones erronées, son premier livre écrit en 1976, vendu à des millions d’exemplaires dans un nombre incalculable de pays, classé pendant des mois dans la liste des cinq best-sellers de développement personnel du New-York Times (deux de ses œuvres sont encore dans le classement actuellement !). Eh bien, j’ai fait comme tout le monde, j’ai adoré cette étude. Wayne Dyer y développe des idées fondamentales et nouvelles en développement personnel. Pour des raisons de confort de lecture sur Internet, je vais présenter sur plusieurs articles la pensée de ce psychologue hors normes.

Voici d'abord les cinq points principaux de son étude psychologique Vos zones erronées mais il y en a encore beaucoup d’autres dans ce livre qui est un véritable petit manuel. Je reprendrai par la suite toutes ces thématiques une par une pour les développer dans ce blog.

1) Quand on est malheureux ou déprimé, il faut un jour décider de se prendre en charge soi-même et de travailler avec force, dès que l’on en a le temps dans la journée, à changer nos pensées malheureuses, négatives, pour des pensées positives, heureuses (oui, c’est possible : si quelqu’un vous demande de penser à une vache verte, vous pouvez très librement ne pas suivre sa suggestion et changer dans votre esprit la vache verte en une vache bleue).

2) Nous n’avons pas besoin de l’approbation des autres, nous ne devons pas être prisonniers de celle-ci : très souvent, nous n’osons pas débuter nos projets parce nous avons peur de ce que les autres diront de nous et si, quand même, nous arrivons à réaliser notre but, il nous faut lutter constamment parce que nous sommes forcément critiqués, que nous pouvons très vite éprouver un sentiment de honte (là aussi, comme dans le premier point développé, Wayne Dyer nous montre que nous pouvons transformer un sentiment négatif, la honte, et le chasser de notre esprit. Et il rajoute également, pour que nous puissions lutter contre ce sentiment nocif, que notre jugement est certainement aussi valable, pour toutes sortes de raisons, que celui de ceux qui nous critiquent et parfois même meilleur.)

3) Il est nécessaire et même impératif, pour être mieux psychologiquement, d’effectuer une chose qui semble très difficile et qui va à contre-courant de beaucoup de courants spirituels ou religieux : renoncer définitivement à se reprocher les fautes que l’on a commises dans sa vie. Le passé est le passé ; à présent, il n’existe plus. On peut donc faire en sorte de rompre avec son influence qui est parfois délétère.

4) Il faut effectuer le même type de démarche pour votre futur, s’entraîner psychologiquement pour devenir capable de ne pas se préoccuper de l’avenir.

 5) En dernier lieu, vous devez éliminer de votre existence toute tendance à biaiser ou à tergiverser : si vous avez quelque chose d’un peu ennuyeux à effectuer, secouez-vous (physiquement parlant !), aspergez votre visage avec de l’eau froide et allez-y. Ne faites pas la grosse erreur de toujours reporter à demain en développant ces deux arguments erronés : a) On verra bien ce qui arrivera si je ne le fais pas, b) Cela n’aura pas de conséquences graves si je le fais plus tard. Votre vie peut être complètement détruite par cette tendance un peu lâche, un peu délirante mais qui affecte beaucoup de personnes dans le monde et que les psychologues appellent la procrastination.

Wayne Dyer a été l’élève de deux grands psychologues, Abraham Maslow et Carl Gustav Jung. Parmi les différentes théories d’Abraham Maslow, qui fut l'un des pères des thérapies cognitives et comportementales, il a choisi de développer le concept de l’actualisation de soi. Abraham Maslow parvenait à ce que les gens qui le consultaient passent d’un état intermédiaire qu'il appelait « Cela va » (sans plus) à une vie où ils devenaient la meilleure version d’eux-mêmes. C’était un psychologue qui insistait sur le bon côté de la nature humaine, à l’inverse des psychologies traditionnelles, que l’on peut qualifier de réparatrices. Grâce au processus de l’actualisation de soi, ceux qui le consultaient constataient souvent de très grands changements dans la programmation qu’ils avaient à présent de leur vie et dans leur vie de tous les jours : 1) ils actualisaient ce qui était avant potentiel en eux (en revivant leur passé), 2) ils arrivaient enfin à devenir ce qu’ils voulaient être depuis toujours (cela ressemble au concept de « La légende personnelle » de Paulo Coelho), 3) ils devenaient pleinement fonctionnels dans la vie quotidienne et au travail, 4) ils parvenaient à vivre dans le quotidien selon leurs principes, leur vérité et d’une manière authentique, etc.

Mais Wayne Dyer a été aussi le disciple de Jung (et cela se sent) ; comme le psychologue suisse, il est passionné par l’étude des grands textes religieux de l’histoire de l’humanité, La Bhagavad-Gitta, l’Evangile des hindouistes, le Tao te King en Chine, la Bible des taoïstes, mais aussi les écrits chrétiens et les poèmes des mystiques de toutes confessions, etc. De même, comme ce psychologue, qui a été l’inventeur de la théorie des synchronicités, il est très attentif à ce concept qu’il vit au quotidien. Il affirme que la rencontre d’une personne perdue de vue depuis très longtemps à un moment opportun ou difficile de notre vie n’est pas le fait du hasard, que les coïncidences (ou synchronicités), si l’on arrive à les voir et à les comprendre, sont magiques. Elles deviennent alors une véritable révélation : elles nous aident et nous aiguillent dans nos choix, nous permettent de percevoir quels chemins prendre dans notre vie (voir la célèbre synchronicité de Jung dans ses Mémoires avec une patiente et un scarabée.)

Wayne Dyer raconte dans une de ses conférences qu’il a vécu une incroyable synchronicité dans sa vie. Alors qu’il avait écrit dans l’ouvrage auquel il travaillait sur Le pouvoir de l’intention un chapitre entier sur une sorte de papillons au comportement bizarre, les papillons monarques, un de ces animaux est venu se poser à la plage sur son doigt (ce qui a priori peut paraître banal mais l’insecte y est resté pendant une heure entière). Wayne Dyer a même pu prendre une photographie de son papillon monarque.

Les conférences de Wayne Dyer sont à la fois un plaisir, une fête pour le côté artiste des spectateurs et un formidable brainstorming pour leur intellect. Ce sont en outre de vrais shows à l’américaine : sa fille y chante ; un enfant de dix ans vient raconter sur scène comment il a eu l’idée de faire construire des puits en Afrique et comment il a réalisé cette idée alors que personne n’y croyait ; sa mère, son éditrice Louise Hay, qui est aussi auteur en développement personnel, sont dans la salle ; lui-même, très bon acteur, mime toutes les anecdotes qu’il raconte et ne manque pas une occasion de dispenser un trait d’humour.

L’intelligence des spectateurs est fortement stimulée lors de la conférence par une argumentation basée sur des sources très différentes, qu’on pense parfois contradictoires mais qui sont complémentaires : 1) Les grands textes sacrés ou religieux : La Baghava-Gitta indienne, Le tao te King chinois, les Evangiles, 2) Les poètes : T.S. Elliot, Roumi, un poète mystique persan, 3) Ses deux  psychologues préférés : Abraham Maslow et Carl Gustav Jung, 4) Des scientifiques reconnus : Max Planck, Albert Einstein 5) Des livres de témoignages contemporains de personnes qui ont su faire face à une situation très difficile, voire complètement extrême, ou alors à l’inverse d’individus qui ont réussi à réaliser leur rêve, leur but dans cette vie (sans se préoccuper de l’opinion des autres, alors même que personne n’y croyait).

Mais ce qui me passionne chez Wayne Dyer, outre ses livres que je trouve géniaux, ses conférences que je pense très attractives, c’est sa vie. Il n’a pas eu du tout l’existence que l’on attend d’un maître spirituel. Il a eu une vie active, passionnante ; il a été un grand sportif et a fait des marathons. Parti de rien, sa mère s’étant fait abandonner par son père, il s’est construit un univers personnel formidablement plein au cours des années : par exemple, il s’est marié trois fois et a eu six enfants dont il s’occupe avec passion de deux épouses différentes.

Sa carrière professionnelle aussi est très intéressante : il a passé un doctorat de psychologie et a d’abord travaillé comme conseiller d’orientation avant d’ouvrir un cabinet de psychologie privé. Dans le même temps, il donnait des conférences de développement personnel à des étudiants avec comme thèmes principaux la pensée positive et la motivation. Un éditeur l’a alors repéré et lui a proposé d’écrire un livre qui synthétiserait ces interventions publiques : c’est ainsi qu’est né Vos zones erronées en 1976.

Le jour du décès de Wayne Dyer, pour lui rendre hommage, j’ai regardé avec ma femme une de ses conférences sur YouTube, intitulée Inspiration. C’était la première d’une série de trois conférences que j’ai visionnées par la suite, la deuxième étant Le Pouvoir de l’intention et la troisième  Changez vos pensées, changez votre vie, le Tao Te King (qu’il avait présentée en même temps qu’un livre du même nom où il détaille l’ouvrage taoïste verset par verset). La prochaine fois, je parlerai en détail de cette troisième conférence.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons d’autrefois ou comme dans les séries télévisées américaines actuelles.


lundi 31 août 2015

La réincarnation d’après l’hindouisme : commentaire de "La Bhagavad-Gita telle qu'elle est"


La Bhagavad-Gita telle qu'elle est par  Sri Srimad A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada


Pour que vous puissiez comprendre au mieux les commentaires détaillés de deux citations extraites de La Bhagavad-Gita telle qu’elle est sur le thème de la réincarnation (Chapitre II, 13 et Chapitre II, 22) proposés par l’acharya (instructeur spirituel) Sri Srimad A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, je vais tenter de résumer brièvement ce livre sacré, véritable Evangile de l’hindouisme. La Bhagavad-Gita raconte l'histoire de Krishna, huitième avatar (incarnation) de Vishnou (identifié comme une manifestation du Brahman, l'Etre suprême) et d'Arjuna, un prince guerrier en proie au doute devant la bataille à laquelle il va participer, qui risque d'entraîner la mort de ses cousins, les Kaurava, ceux-ci se trouvant dans l'armée opposée.

Le récit est constitué du dialogue entre Krishna, qui a pris l'apparence du conducteur de char d'Arjuna, un cousin et ami de celui-ci, et du prince. Il enseigne que, même si tous les chemins diffèrent, leur but fondamental reste le même : atteindre le Brahman (la seule véritable Réalité dont la manifestation perçue par nous, Maya, n'est qu'une illusion) et échapper au cycle des renaissances à travers la réalisation du Soi (Atman).

Krishna instruit Arjuna sur un grand éventail de domaines, à commencer par celui, très important, qui résout le dilemme du guerrier, de la réincarnation, lui expliquant que les vies perdues dans la bataille ne le sont pas véritablement car les Atmans des plus nobles combattants renaîtront dans des corps nouveaux et valorisés dans l'échelle des êtres. Krishna continue ensuite d'exposer un grand nombre de sujets spirituels, parmi lesquels plusieurs yogas —  ou chemins de dévotion — différents.

Cependant, à un niveau plus profond, la guerre est une métaphore des confusions, des doutes, des craintes et des conflits qui préoccupent toute personne à un moment ou un autre de sa vie. La Bhagavad-Gita s'adresse à ce bouillonnement en nous et enseigne les yogas qui permettent de l'apaiser, le Bhakti yoga, la voie de la dévotion du Dieu personnel, le Jnana yoga ou la voie de la connaissance, le Karma yoga ou voie de l'action juste. Selon Krishna, la racine de toutes les douleurs et de tous les troubles est l'agitation de l'esprit provoquée par le désir. La seule manière d'éteindre la flamme du désir, conclut Krishna, c'est de calmer le mental par une discipline des sens et de l'esprit.

Voici à présent deux citations déterminantes de La Bhagavad-Gita telle qu’elle est commentées par Sri Srimad A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada sur le thème de la transmigration. A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada est un maître vaisnava (le nom des dévots de Vishnou, les vishnouites, est vaishnavas ; ils pratiquent la dévotion, bhakti, envers Vishnou comme dieu suprême à travers ses incarnations-avatars, les dieux Khrishna et Rama). Né à Calcutta en 1896 et mort à Vrindavan en 1977, A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada est le créateur de L'Association internationale pour la conscience de Khrishna (ISKCON). Il est considéré comme l'un des grands acharyas (instructeurs en matière religieuse, fondateurs de mouvements spirituels) modernes.

Chapitre II, 13
« Au moment de la mort, l’âme change de corps, tout comme elle est passée dans le précédent de l’enfance à la jeunesse, puis de la jeunesse à la vieillesse. Le sage n’est pas troublé par ce changement. »
Commentaire :
« Parce qu’il est une âme individuelle, l’être voit son corps changer à chaque instant, se manifestant tantôt sous la forme d’un enfant, tantôt sous celle d’un adolescent, d’un adulte ou d’un vieillard. L’âme spirituelle, elle, reste la même. Elle ne subit aucun changement. Et quand finalement la mort arrive, elle transmigre dans un autre corps. Donc puisque l’âme est assurée d’avoir un autre corps dans une vie prochaine, Arjuna n’a aucune raison de s’apitoyer sur la mort éventuelle de Bhisma ou de Drona. Il devrait se réjouir au contraire de les voir échanger leurs vieux corps contre un neuf et recouvrer ainsi l’énergie de leur jeunesse. Tout changement de corps nous apporte son lot de joies ou de souffrances, selon ce que furent nos actes passés. Bhisma et Droma, étant de nobles âmes, ne manqueront pas d’obtenir dans leur prochaine vie un corps qui leur permettra d’avoir sur les planètes édéniques des plaisirs supérieurs. Aussi, qu’ils aillent ici ou là après leur mort, il n’y a nulle raison de s’inquiéter sur leur destinée.
En qualité de dhira, de réfléchi, celui qui connaît parfaitement la nature de l’âme distincte et de l’Ame suprême et qui connaît également les natures matérielle et spirituelle n’est pas troublé par les changements de corps. L’Ame suprême est immuable. La Bhagavad-Gita dit que les parcelles de l’Ame Suprême, les âmes distinctes, existent de toute éternité et sont susceptibles de tomber sous le joug de la nature matérielle.
On pourrait appliquer à l’Ame suprême le principe de la réflexion : lorsque le ciel se reflète dans l’eau, l’image réfléchie est aussi bien celle du soleil et de la lune que celle des étoiles. Les étoiles sont semblables aux âmes distinctes et le soleil ou la lune à l’Ame Suprême. L’âme spirituelle infinitésimale est ici représentée par Arjuna et l’Ame Suprême par Krishna. »


Chapitre II, 22
« De même qu’on se défait d’un vêtement usé pour en revêtir un neuf, l’âme abandonne l’ancien corps devenu inutile pour en prendre un nouveau. »
Commentaire :
« C’est par la grâce de l’Ame Suprême que l’âme distincte est transférée d’un corps à un autre. Elle comble les souhaits de l’âme infinitésimale, tout comme on satisfait les désirs d’un ami. La Mundaka Upanishad (3.1.2) et La Svetasvatara Upanishad (4.7) comparent ces deux âmes à deux oiseaux liés d’amitié et perchés sur le même arbre. Alors que l’un d’eux (l’âme infinitésimale) goûte les fruits de l’arbre, l’autre (l’Ame Suprême) l’observe. Ces deux oiseaux sont de même nature, mais l’un est captivé par les fruits de l’arbre matériel, tandis que l’autre se contente d’observer les mouvements de son ami. Krishna est cet oiseau-témoin, Arjuna l’oiseau qui mange. Ce sont deux amis mais l’un est maître, l’autre serviteur. L’oubli de cette relation oblige l’âme infinitésimale (jiva) à voler d’arbre en arbre, c’est-à-dire de corps en corps. Le jiva est l’être vivant incarné, donc mortel. L'Atman (Soi) s’identifie à un corps et à une pensée. Devenu Ego, il se crée l’illusion d’une dualité et d’une causalité. Le jiva, perché sur l’arbre du corps, mène un dur combat pour vivre, mais dès qu’il reconnaît en l’autre oiseau le maître spirituel suprême, comme le fit Arjuna qui s’abandonna volontairement à Krishna pour recevoir ses instructions, il ne souffre plus. »


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Amicales salutations.


dimanche 30 août 2015

Compte rendu détaillé du livre « La réincarnation » d’André Couture (troisième partie) (modèle africain et modèle hindou)



Un autre exemple de livre très complet sur le sujet par Jean-Louis Siémons

Je présente aujourdh'hui les deux premières théories de réincarnations recensées par André Couture ; l'étude se fera dans un ordre presque chronologique, le modèle hindou étant sans doute le plus ancien  de tous :

1) Le modèle africain

On emploie le terme « réincarnation » pour désigner une série de croyances difficiles à définir avec précision existant dans certaines tribus d’Afrique noire. Pour elles, la mort devrait conduire l’être humain auprès de ses ancêtres. Il arrive cependant que l’on pense que la mort est d’abord suivie d’échanges réels ou symboliques avec un nouveau-né du même clan ou de la même famille. Il ne s’agit pas de transactions liées à la qualité des actions posées pendant la vie du défunt. Le processus peut se poursuivre pendant quelques existences et est suivi de la transformation du défunt en ancêtre. Voir à ce sujet un très bon article sur le culte des ancêtres en Afrique.

2) Le modèle hindou

Pour la religion hindouiste, il faut à tout prix se libérer de la renaissance continuelle dans un nouveau corps après chaque mort de l’individu. Tout acte (karman), dépendant d’un coefficient quelconque de passion (désir, colère, attachement), laisse des traces, positives ou négatives, qui s’emmagasinent dans le mental. Qui fait le bien renaît dans des corps d’êtres appelés à jouir pendant un certain temps de plaisirs même divins ; qui fait le mal se retrouve momentanément dans des corps d’êtres néfastes ou inférieurs. Mais au-delà du psychisme et de sa charge de mérites et de démérites, il y a présence d’un principe spirituel (atman, purusha), étincelle d’absolu immergée dans la matière, qui ne peut ni diminuer ni s’accroître par des actions mauvaises ou bonnes. D’après la tradition philosophique hindoue, les mérites ne s’accumulent pas dans l’atman, mais bien dans le mental qui appartient au niveau subtil du vivant. C’est parce qu’il est alourdi de traces inconscientes ou de constructions psychiques diverses suscitées par le désir que l’être vivant est voué à transmigrer éternellement dans de nouvelles matrices. Ce monde du samsara est comparé à une jungle, à un océan ou encore à la roue de la noria. C’est un monde d’errance indéfinie qu’il faudra définitivement quitter pour accéder à la libération. La liberté spirituelle n’est pas donnée à l’avance : elle se conquiert grâce à des disciplines (yogas) qui varient selon les maîtres spirituels.

La plupart des spécialistes pensent que la première idée de la transmigration vient de l’Inde. On y trouve dès le VIII ème siècle avant Jésus-Christ une conception de la pluralité des existences liée à une théorie de l’action (karman) et du désir qui pousse à agir dans le texte intitulé Brihadaranyaka Upanishad d’un des quatre Vedas, le Yajur-Veda blanc. Il y est question de l’enseignement que le saint Yajnavalkya y dispense à sa femme Maitreyi au sujet du Soi. L’œuvre explique l’identité totale du Brahman (l’Absolu immuable et éternel, la Réalité suprême et non dualiste) et de l’Atman (le Soi). Cette conception sera celle du « Vedanta », un des six systèmes (Darshanas) de l’hindouisme. En voici un extrait : « Celui qui s’attache à un but va avec l’acte (karman) qu’il pose au but auquel son esprit s’est attaché. Quand il est arrivé au terme de son acte (karman), quoiqu’il ait pu faire ici-bas, de ce monde qu’il a atteint, il revient à ce monde-ci pour continuer à agir. » Ce texte s’accompagne toujours d’un commentaire du philosophe Shankara (788-820). Celui-ci enseigne que la réalité immuable est recouverte dans la pensée par la vision d’un monde sensible fait d’illusion, (en sanskrit namarupa ou maya ) composé de noms et de formes et en perpétuelle mutation. L’exemple le plus connu cité par Shankara est celui du cordage que l’on prend pour un serpent dans l’obscurité. L’homme dans son ignorance passe son temps à superposer au cordage (Brahman) l’image du serpent (le monde sensible). La peur, les battements de cœur sont déclenchées par ce serpent qui n’a jamais existé et ne mourra jamais puisqu’il ne vit que dans notre imagination.

Un autre texte, La Bhagavad-Gita (Chant du Bienheureux), sixième livre de l’épopée Le Mahabharata, rédigée entre le V ème siècle avant J.-C. et le II ème siècle de notre ère, considéré comme l’Evangile des Hindous, explique d’une manière déterminante certains points sur la réincarnation. Une de ses idées dont je vous ai déjà parlé est que la cause des renaissances est l’attachement aux actes, bons ou mauvais.

Nous verrons dans un prochain article deux citations du Bhagavad-Gita commentées par Sri Srimad A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada sur la transmigration (chapitres II, 22 et II 13) et par la suite d’autres textes comme Les lois de Manu et Le Markandeya-Purana.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Amicales salutations.

samedi 29 août 2015

Compte rendu détaillé du livre « La réincarnation » d’André Couture : terminologie et aperçu des différentes théories (deuxième partie)


Une anthologie de textes sur la réincarnation très complète et complémentaire de l'ouvrage d'André Couture

La difficulté d’un livre sur la réincarnation (exactement comme celle d’une étude sur le bouddhisme) est d’en donner une définition unique. Au fil des siècles, depuis 3000 ans, les hommes, selon leur pays, leur vécu, ont développé diverses doctrines sur le sujet parfois très ressemblantes, parfois presque contradictoires. Il vaudrait donc peut-être mieux appeler le livre d’André Couture Les théories de la réincarnation.

Mais, en premier lieu, essayons de préciser plus finement la terminologie. On ne connaît pas la date exacte d’apparition du mot « réincarnation » dans la langue française. Les spécialistes tendent à penser qu’il a été inventé vers 1860 par le pape du spiritisme, Allan Kardec, afin de désigner le fait pour l’âme de renaître de multiples fois dans des corps différents. Cette théorie est liée à la notion d’évolution psychique de l’homme et bannit toute idée de régression dans des corps réputés inférieurs (comme ceux des animaux ou même des plantes). La « métempsycose » (ou « transmigration ») qui correspond plus aux diverses croyances de l’Antiquité, terme d’origine grecque attesté déjà chez Diodore de Sicile (Ier siècle avant Jésus-Christ), est en revanche une conception de la renaissance des âmes ouverte à la régression dans les animaux et les plantes. On parle enfin de « métensomatose » pour la réincarnation des bouddhistes qui nient l’existence de l’âme. Une notion très intéressante également est celle de « palingénésie ». Elle signifie en grec « renaissance » et n’est plus beaucoup utilisée actuellement, mais peut servir dans deux cas :1) dans le but de parler de la renaissance de l’âme dans d’autres corps selon la théorie du philosophe grec Platon, 2) pour évoquer un concept stoïcien quelque peu en relation avec ces différentes croyances, la régénération périodique du monde.

Après avoir défini les termes, tentons de faire un état des lieux des différentes doctrines sur le sujet. La plus grande qualité du livre d’André Couture, à mon avis, est son étonnante capacité à recenser un maximum de théories sur la réincarnation (à la fois de peuples, de groupes et d’individus), sans toutefois atteindre une exhaustivité impossible sur ce thème, à les résumer d’une façon que je trouve objective et à les comparer avec bienveillance.

Voici un début de liste que l’on peut proposer des diverses approches du problème de la réincarnation :
1) Le modèle africain
2) Le modèle hindou
3) Le modèle bouddhique
4) Le modèle grec de Pythagore (influencé par Phérécyde de Syros) : un de ses continuateurs sera Apollonius de Tyane
5) Le modèle grec de Platon (ses disciples seront les trois néo-platoniciens : Plotin, Jamblique et Porphyre)
6) Le modèle latin : Ovide, Virgile, Cicéron
7) Le modèle des Evangiles
8) Le modèle des Esséniens
9) Le modèle des gnostiques de l’Antiquité
10) Le modèle d’Origène
11) Le modèle du philosophe de la Renaissance, Marsile Ficin
12) Le modèle spirite
13) Le modèle théosophique
14) Le modèle de Papus
15) Le modèle de l’hypnose (Albert de Rochas, Les vies successives, 1911)
16) Le modèle de Harvey Spencer Lewis (Amorc, Rose-Croix)
17) Le modèle du psychiatre Carl Jung
18) Le modèle du médium Edgar Cayce (selon Gina Cerminara et Dorothée Koechlin de Bizemont)
19) Le modèle du psychiatre James Redfield
20) Le modèle du psychiatre Ian Stevenson
21) Le modèle du psychiatre Brian Weiss
22) Le modèle du physicien Patrick Drouot

Le propos des prochains articles de ce blog sera de décrire avec le plus de détails possibles ces différentes croyances sur la réincarnation.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Amicales salutations.

jeudi 27 août 2015

Compte rendu détaillé du livre « La réincarnation » d’André Couture, collection Bref des éditions du cerf, 2000. (première partie)


 Un des meilleurs livres actuels sur la réincarnation


Après avoir écrit les deux articles précédents sur « Christianisme et réincarnation », j’ai ressenti un grand besoin de rédiger à la fois un éclaircissement et une synthèse historique et thématique sur la notion de réincarnation. Mon désir est vraiment que chacun puisse adhérer à une petite partie de ce qui n’est certes qu’une croyance mais qui, à notre époque, mais aussi dans des temps reculés, a servi à l’homme à vivre, à penser, à endurer sa destinée, qui est, quoi que l’on fasse, quelle que soit la théorie de l’existence que l’on a élaborée ou empruntée, de connaître la mort.

Comme souvent dans ce genre de problème, sans le savoir, j’avais déjà une partie de la solution entre les mains. Cette solution, c’est ce petit ouvrage dont je vous ai déjà parlé La réincarnation d’André Couture aux éditions du Cerf. En procédant à un compte rendu très détaillé de cette étude, presque un résumé, j’espère pouvoir atteindre deux de mes buts principaux : donner le maximum d’informations possibles historiques et contemporaines et présenter le thème de la façon la plus objective réalisable, en développant les thèses des différents réincarnationnistes et celles de leurs adversaires. Mais alors pourquoi choisir précisément ce livre quand il en existe des centaines sur la réincarnation ? J’ai pour le préférer parmi d'autres quatre motifs très différents et complémentaires.

1) Peut-être en premier lieu l’argument d’autorité (qui est quand même garant d’une très forte connaissance des textes et de l’habitude de leur interprétation) ! André Couture est diplômé de l’école pratique des hautes études, section des sciences religieuses. Il est spécialiste des religions de l’Inde (on est en plein dans le sujet !) et professeur de l’histoire des religions à l’Université Laval (Québec).

2) L’auteur de cette étude, outre ses qualifications, est aussi un vrai passionné de la question, pas seulement un enseignant. Il a écrit quand même cinq livres sur le sujet, ce qui est énorme, participé à de nombreux ouvrages collectifs, rédigé des articles dans des revues spécialisées, etc.

a) 1980 : Précis sur la réincarnation, Québec, Ed. Saint-Yves, 82 p.
b) 1992 : en collaboration avec Marcelle Saindon, La réincarnation : théorie, science ou croyances. Étude de 45 livres qui plaident en faveur de la réincarnation, Montréal, Les Éditions Paulines, 375 p.
c) 1992 : La réincarnation, Ottawa, Novalis (coll. « L’horizon du croyant »), 181 p.
d) 2000 : La réincarnation, Paris, Cerf (coll. Bref), mai 2000, 125 p.
e) 2000 : La réincarnation au-delà des idées reçues, Paris, Éditions de l’Atelier, 176 p. [édition révisée de La réincarnation, Ottawa, Novalis, 1992].
f) 2005 : en collaboration avec Marcelle Saindon. La réincarnation, Editions Paulines Mediaspaul. 375 p.

3) André Couture est également très étonnant par son ouverture d’esprit. Il ne s’intéresse pas seulement aux canons officiels du bouddhisme, de l’hindouisme ou de la réincarnation, mais il s’est penché avec curiosité sur le cas d’un écrivain menteur et délirant, le faux moine bouddhiste T. Lobsang Rampa. En conséquence, il a accepté que Karl-Stéphan Bouthillette, un étudiant de la Faculté des études supérieures de l’Université Laval, présente un mémoire pour l’obtention du grade de Maître ès arts dans le cadre du programme de maîtrise en Sciences des religions intitulé Relire T. Lobsang Rampa, analyse d’un mythe moderne .

4) Le dernier point à souligner, lui aussi tout à fait remarquable, est la largeur de vues des éditions du Cerf, éditions catholiques qui ont publié avec une incroyable ouverture d’esprit un livre sur un sujet qui déplaît à beaucoup de chrétiens, et qui ont peut-être ainsi permis de réaliser enfin une étude à peu près objective et complète sur le sujet très controversé de la réincarnation ou des réincarnations.

Donc demain, je débute le compte rendu détaillé. En attendant, je vous conseille, si vous en avez le temps, d’aller voir le site de l’auteur qui est passionnant.

Voilà. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Amicales salutations.